Massacres révoltants

Sobre Teatro Amazonas en Festival La Batie de Ginebra. Publicado por Marie-Pierre Genecand en Le Temps.

Tel est le sentiment après Teatro Amazonas, vaste reconstitution des horreurs subies par les indigènes d’Amazonie au nom du profit. Ayant mené l’enquête sur place, l’Espagnole Laida Azkona Goñi et le Chilien Txalo Toloza-Fernández restituent d’une voix neutre moult témoignages rappelant comment, du caoutchouc au plomb, le Brésil s’est vendu aux Etats-Unis en sacrifiant sa population. Sur un écran défilent des images de la forêt amazonienne ainsi que du film culte Fitzcarraldo résumant à lui seul la folie des gringos.

Au sol, les deux artistes construisent à vue un paysage de carton coloré illustrant la densification de Manaus et de ses environs. Parfois de petits strips comiques singent un concept absurde, comme celui de Fordlandia, cette culture intensive et ratée de caoutchouc, imaginée par John Ford dans les années 1920 et assortie de sa cité hygiéniste. Souvent, il est question de massacres ou de déplacements de population et ces récits, qui n’ont pas pris une ride, même si le combat écologique est mené depuis les années 1980, sont révoltants. Le «spectacle» bouleverse, donc, mais il fatigue aussi avec son côté empilement de faits indiscutablement accablants.